La rigueur historique de l’Ancien Testament

Il est fréquent, pour les détracteurs du christianisme, d’accuser la Bible de n’être qu’un ramassis mythologique n’ayant aucune assise historique solide. Ils pointent d’abord aux divers récits miraculeux en affirmant que puisque ces miracles bibliques n’ont pas été prouvés scientifiquement, alors ils sont nécessairement des fabulations superstitieuses. Or leur présupposition matérialiste trahit leur malhonnêteté, car la particularité des miracles est précisément de ne fonctionner dans le cadre limité des lois naturelles (physique, chimie, etc.) par lesquelles la science opère. Ces sceptiques exigent donc délibérément quelque chose qu’ils ne peuvent pas obtenir.

Un miracle est par définition une intervention surnaturelle déjouant les lois naturelles (ou opérant en dehors d’icelles). Conséquemment, les miracles ont la spécificité de ne pas être reproductibles ou même explicables par les moyens scientifiques à la disposition des humains.  Ce n’est pas la science qui dit que tout ce qui n’a pas d’explication scientifique n’a pas d’existence, c’est le scientisme. La nuance est capitale. Dieu, ayant créé les lois naturelles qui régissent notre univers et par laquelle la science peut exister, a également le pouvoir de fonctionner sans prendre en compte ces lois lorsqu’il le souhaite. Le réformateur Jean Calvin disait « Dieu n’est pas soumis aux lois parce qu’Il est lui-même Loi pour lui-même et pour tous » (cité dans la Revue réformée). Cette réalité vaut autant pour la physique que l’éthique et la logique.

Si le scepticisme exacerbé à la mode aujourd’hui était appliqué à l’entièreté de la discipline historique, alors être historien de métier serait impossible. Certes, nous pouvons raisonnablement douter de certains comptes rendus de miracles qui nous parviennent de part et d’autre, mais rejeter en bloc tous les récits historiques faisant état de miracles relève d’un grave manque de sérieux. Comme le disait l’historien F.F. Bruce, « la question de la véracité des miracles […] ne peut pas être tranchée en termes de recherche historique uniquement » (Les documents du Nouveau Testament, Impact, p. 75). Ainsi les récits comprenant des miracles ne doivent pas être automatiquement rejetés sur la seule base… qu’ils se réfèrent à des miracles. L’historien grec Hérodote, considéré comme le « père de l’Histoire », faisait volontiers allusion aux interventions divines et pourtant c’est une des meilleures sources dont nous disposons sur l’Antiquité.

Poursuivons. Les détracteurs de la Bible vont aussi affirmer que nonobstant des miracles, la Bible contient une multiplicité d’événements et de personnages qui n’ont pas été authentifiés par des sources externes. Leur raisonnement fallacieux les induit à penser que le silence des connaissances externes dément le récit biblique. Bernard Guy expose la fragilité des arguments du silence : « Affirmer qu’une chose ou qu’un personnage ou qu’un événement n’ont pas existé parce qu’aucune découverte archéologique n’a été faite à leur sujet est une conclusion manquant de rigueur scientifique. Les arguments du silence ne prouvent rien. […] La seule conclusion scientifique qu’on peut honnêtement tirer d’une telle absence d’information archéologique est qu’aucune découverte archéologique n’a été faite au sujet de ces personnages bibliques jusqu’à ce jour. Tout le reste n’est pas scientifique, mais spéculatif. » Voilà une règle que nous devons garder en tête.

Maintenant, même s’il faut nous abstenir de considérer comme non historiques les récits bibliques qui ne sont pas corrélés par des sources extérieures, il existe néanmoins une quantité impressionnante d’autres récits bibliques pour lesquels des équivalents profanes ont été mis au jour. Dans la suite du présent article, j’ai répertorié de façon succincte et chronologique nombre de ces éléments de confirmation pour la période couvrant de l’arrivée des Hébreux en Égypte jusqu’au retour de l’Exil de Babylone.

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L’« inscription yahvique » au temple de Soleb au Nord-Soudan atteste que le yahvisme (c’est-à-dire le culte monothéiste du Dieu unique, Yahvé) n’a pas été introduit chez la population israélite au courant de la seconde moitié du premier millénaire av. J.-C., mais qu’il remonte au deuxième millénaire :

→ Yahweh inscription • circa 1400 BC [Bible and Archeology]

La fresque d’Aménophis corrobore le récit du 41e chapitre du livre de Genèse sur la rencontre du patriarche hébreux Joseph (fils de Jacob) avec le pharaon d’Égypte :

Découverte du plus vieux texte copié dans la Bible [Joseph Davidovits]

Cet égyptologue croit que l’auteur du Pentateuque plagia cet élément dans sa narration ; or la corrélation ne prouve pas la causalité : il s’agit de deux récits indépendants du même événement. Notez aussi que la chronologie de l’Égypte antique est sujette à débats entre spécialistes. Un expert en chronologie antique place le règne du pharaon Aménothep III en 1380-1345 av. J.-C., ce qui ne concorde pas avec la vie du patriarche Joseph qu’il place en 1773-1663. Je pose donc comme hypothèse que Joseph n’était pas Aménophis mais son lointain prédécesseur, et qu’Aménophis s’attribua une partie de l’histoire de Joseph qui était surement restée vivante en Égypte. Nous savons que les dirigeants de l’Égypte antique s’attribuaient sans vergogne des réalisations qu’ils n’avaient jamais accomplies. Ainsi, le pharaon Ramsès II s’exalta comme le triomphateur personnel des Hittites d’Anatolie alors que ceux-ci avaient bloquées son expansion à la bataille de Kadesh en Syrie au début du XIIIe siècle.

L’inscription de Séhel corrobore le compte rendu biblique sur la famine de sept ans ayant frappée le Proche-Orient au temps du patriarche Joseph :

Les sept années de famine annoncées par Joseph [Théonoptie]

Le papyrus d’Ipuwer corrobore le récit biblique des dix plaies d’Égypte, de la fuite des Hébreux vers le Sinaï et de la mort subséquente de pharaon dans l’étendue d’eau séparant l’Afrique de l’Asie (vers 1450 av. J.-C.) :

Les dix plaies d’Égypte et le papyrus d’Ipuwer [Lamed via Théonoptie]
Étude comparative du livre de l’Exode et du papyrus d’Ipuwer [Académie de Nice]

L’Exode des Hébreux dans le Sinaï a laissé peu de traces car « Dieu avait formellement interdit aux Israélites de faire des images, statues ou sanctuaires de roches dont on aurait pu retrouver certains vestiges » (dixit Bernard Guy). Cependant, nous ne pouvons pas considérer ce récit comme une invention d’influence mésopotamienne datant du Ve siècle av. J.-C. (comme le veut la critique), car la disposition du camp hébreu tel que décrit dans le Pentateuque concorde avec la disposition des camps militaires égyptiens (connue par l’archéologie) et non avec celle des camps mésopotamiens. L’expérience de Moïse dans l’entourage pharaonique explique plus logiquement cette disposition égyptienne du camp hébreu dans le Sinaï (source).

Plusieurs tablettes de Tell el-Amarna (entre autres les n° 273, 288 et 299) confirment plausiblement la conquête de Canaan par les Hébreux conduits par Josué à la fin  du XVe siècle av. J.-C. Ces tablettes écriture cunéiforme akkadienne ont été composées par des gouverneurs de cités cananéennes et envoyés au pharaon, leur suzerain, pour demander son assistance militaire contre des assaillants qui s’emparaient des villes cananéennes les unes après les autres. Les tablettes de Tel el-Amarna identifient ces conquérants par le terme  « Hapirou » (ou « Abiru »),  Il y a concordance entre la conquête de Canaan par des Hapirou décrite par les tablettes de Tell el-Amarna et la conquête de Canaan par les Hébreux décrite par les chapitres 10 à 12 du livre de Josué dans le Pentateuque, les mêmes villes (incluant Lachis, Gezer, Gath et Jébus) sont listées et tombent dans le même ordre. On a là un parallélisme significatif.

Le terme « Hapirou » est bien connu par les annales égyptiennes, assyriennes et sumériennes. L’appellation « Hapirou » désigne une catégorie de peuplades sémitiques semi-nomades et socialement versatiles présentes au Moyen-Orient au IIe millénaire avant notre ère. Les Hébreux, un peuple déraciné alors sans identité territoriale, étaient donc classés parmi les Hapirou. « Tous les Hapirou n’étaient pas des Hébreux, mais tous les Hébreux étaient des Hapirou » (Avraham Sandor).

La stèle de Mérenptah atteste que le peuple d’Israël existait vers 1209 av. J-C. (à l’époque des Juges) :

Falsification de la stèle de Mérneptah, dite d’Israël [Joseph Davidovits] — ce formidable article démontre aussi que le lecture traditionnelle de cette stèle, voulant que l’armée égyptienne aurait détruite Israël, est erronée.

L’ostracon d’Ascalon confirme l’historicité de deux personnages bibliques, l’Hébreu Samson et la Philistine Dalila :

Samson et Dalila [Interbible]

Une céramique portant l’inscription « Goliath » a été découverte dans la ville natale du Goliath biblique, Gath (aujourd’hui Tel es-Safi) :

Une preuve de l’existence de Goliath [Arouts Sheva via Théonoptie]

Goliath fut tué par David vers 1020 av. J.-C., et l’archéologue Aren Meir (Université de Bar-Ilan), qui dirige les fouilles à Gath, estime que cette céramique date d’approximativement 950 av. J.-C. « Si elle ne prouve pas hors de tout doute l’existence du géant Goliath, la découverte soutient néanmoins la description biblique de la vie à l’époque où cette bataille aurait eu lieu […] Ce que cela démontre, c’est qu’à cette époque, il y avait des gens nommés Goliath. Cela prouve que l’histoire de David et Goliath reflète la réalité culturelle de ce temps », affirme-t-il.

Le palais du roi David (érigé au début du Xe siècle av. J.-C.), de la même forme et à l’emplacement décrit par la Bible, a été retrouvé à Jérusalem (cliquez ici ou ici si le lien précédent dysfonctionne).

Des recherches récentes ont prouvées que le royaume d’Édom existait effectivement au Xe siècle av. J.-C. (ce qui démontre que la guerre de David contre les Édomites n’est pas un anachronisme) :

King David and the Edomites [University of California]

Une partie de la muraille de Jérusalem construite par Salomon a été découverte. Des édifices salomoniques furent également excavés à Hatsor, Guézer et Meguiddo.

L’ostracon d’Arad n° 18 prouve indirectement l’existence du temple de Salomon. Cet artefact est usuellement daté de la fin du VIIe siècle ou au début du VIe siècle av. J.-C. Il fait partie d’un ensemble de correspondances militaires judéennes dans le contexte de déplacements de troupes édomites ou babyloniennes. L’ostracon concerné contient la phrase « la maison de l’Éternel est bien, elle demeure » et semble avoir été adressée à Eliashib, un officier judéen en poste à Arad. Cette référence renvoie vraisemblablement au temple de Salomon à Jérusalem. Certains experts ont datés la strate de ces artefacts à la seconde moitié du VIIIe siècle, ce qui ferait de l’ostracon d’Arad n° 18 un objet contemporain du roi Salomon (règne de 970 à 930) :

Arad Ostraca • circa 600 BCE [Center for Online Judaic Studies]

Il est possible que la mention « maison de l’Éternel » ne se référait pas au temple de Jérusalem, mais au sanctuaire judaïque qui existait du Xe au VIe siècle à Arad. Or le plan de ce lieu de culte judaïque révèle qu’il était était une copie en miniature du temple de Jérusalem tel que décrit par la Bible, ce qui est une preuve indirecte alternative de l’existence du temple de Salomon.

Le bas-relief mural de Schischak du temple de Karnak en Égypte atteste l’invasion du royaume de Judée en 925 av. J.-C. par le le pharaon Schischak (règne de 945 à 924) au temps du roi Roboam (règne de 931 à 913), événement historique relaté par de multiples passages de l’Ancien Testament :

Temple de Karnak [Bible et Lieux]

Le calendrier de Gezer confirme possiblement l’historicité du roi judéen Abijam (aussi épelé Abijah ou Abia) qui régna brièvement à la fin du Xe siècle avant notre ère. En effet, ce document est signé par son nom et date de son époque, mais il se pourrait qu’il s’agisse de la signature d’un scribe portant le même nom. Ce calendrier fut peut-être composé dans une fin de taxation agricole ou bien pour une vocation pédagogique :

Gezer Calendar [Fowler Biblical Collection]

Le monolithe de Kurkh (ou Karkar) confirme l’historicité du roi d’Israël Achab (règne de 874 à 853 av. J.-C.). Le monolithe décrit la campagne de 853 du roi d’Assyrie Salmanazar III contre une coalition défensive de royaumes du Levant menée par Achab :

Excerpts from the Monolith Inscription [Doc Stoc]
The Kurkh Stela [British Museum]

La Bible ne semble pas donner d’information sur cet affrontement précis, mais elle s’accorde avec le monolithe de Kurkh : la vantardise de Salmanazar III qui se targue d’avoir anéantit ses adversaires est une exagération, mais ont peut comprendre qu’un des rois de l’alliance  mentionné par la Bible ainsi que par le monolithe — Hadadézer d’Aram (règne de 880 à 842) — est sorti affaibli de la bataille de Qarqar (dans la vallée de l’Oronte) et que c’est ce qui motiva les rois d’Israël et de Judée de lancer contre Aram une offensive de reconquête territoriale (1 Rois 22:1-4 & 22:29-35).

Le sceau de Jézabel confirme l’historicité la reine d’Israël éponyme, épouse phénicienne et idolâtre d’Achab :

Seal of Jezebel Identified [Associates for Biblical Research]

La stèle de Mesha (ou Mésa) prouve l’historicité de plusieurs éléments de l’Ancien Testament…

  1. Existence de la nation d’Israël dans le Levant au IXe siècle avant notre ère (le terme « Israël » est inscrit à cinq occurrences) ;
  2. Existence du royaume voisin de Moab (avec sa capitale Dibôn) à la même époque ;
  3. Historicité du roi d’Israël Omri (règne de 886 à 875 av. J.-C.) ;
  4. Conquête de Moab par Israël sous Omri, puis la révolte du roi de moabite Mesha contre le fils et second successeur d’Omri (qui n’est sont pas nommé, nous savons grâce à la Bible qu’il s’agit de Joram, 852-841) et la tribu israélite de Gad ;
  5. Historicité de la dynastie davidique — et par ricochet du roi David : André Lemaire (directeur d’études à la Sorbonne) a reconstitué la mention « Maison de David » à la ligne 31 (où le D est érodé). Lemaire n’est ni chrétien ni juif. Anson Rainey (recherchiste à l’Université de Tel Aviv) a traduit l’énoncé « autel davidien » à la ligne 12 (voir p. 300-306).

Stèle de Mesha • Département des Antiquités orientales [Musée du Louvre]

Autre référence utilisée : Estelle VILLENEUVE, « La stèle de Mesha — Parole d’un vassal rebelle d’Israël », Le Monde de la Bible (Éditions Bayard), Numéro 192, printemps 2010, p. 50-51.

L’obélisque de Salmanazar III, probablement dressé en 825 av. J.-C. dans la capitale assyrienne de Nimrud, atteste l’historicité du roi d’Israël Jéhu (règne de 841 à 814) qui est identifié nommément :

L’obélisque noir de Salmanazar III [Université de Genève]

Cet obélisque dépeint la soumission vassalique de Jéhu au roi d’Assyrie Salmanazar III (règne de 858 à 824). Ce choix géopolitique qui n’est pas mentionné dans la Bible. Il se comprend par le jeu des alliances : la Bible nous informe qu’Israël était alors en guerre contre le roi d’Aram Hazaël (règne de 842 à 805) et les annales assyriennes nous informent que l’Assyrie était en guerre contre Aram (Salmanazar III attaqua Damas), Jéhu choisit donc l’alliance tributaire avec l’Assyrie pour contrecarrer Aram.

La stèle de Tel Dan prouve l’historicité de plusieurs éléments de l’Ancien Testament…

  1. Existence de la nation d’Israël dans le Levant au IXe siècle avant notre ère (les mots « roi d’Israël » sont inscrits à la ligne 8) ;
  2. Historicité de la dynastie davidique — et par ricochet du roi David : la mention « maison de David » ou « cité de David » (dépendamment de l’agencement des fragments) est inscrite à la ligne 9 ;
  3. Parallélisme plausible : la stèle raconte la mort d’un roi araméen, et 2 Rois 8:7-15 rapporte comment avant qu’Hazaël ne devienne roi d’Aram, son prédécesseur Hadadézer (règne de 880 à 842) fut malade et mourut au lit ;
  4. Parallélisme plausible : la stèle raconte la guerre des Araméens contre les Israélites, et 2 Rois 8:28 & 9:15-16 rapporte qu’après avoir été blessé en combattant les Araméens, le roi d’Israël Joram (règne de 852 à 841) fut déposé à Jezréel.

Le fragment de stèle de Tel Dan [Akadem]
Erreur : “Le royaume de David & Salomon est mythique” [Approche scientifique d’une chronologie absolue]

L’auteur de la stèle de Tel Dan est plausiblement le roi d’Aram, Hazaël, ou bien son fils et successeur Bar-Hadad III (règne de 796 à 792 av. J.-C.). Il est sûr que la stèle de Tel Dan ne date pas des siècles suivants car elle fut découverte dans une couche antérieure à la destruction provoquée par la conquête assyrienne de 733-732.

Le sceau de Shema, ministre de Jéroboam, confirme l’historicité du roi israélite Jéroboam II (règne de 788 à 747 av. J.-C.) :

Seal of Shema • circa 788 BCE [Center for Online Judaic Studies]

La stèle dite d’Iran atteste l’historicité du roi d’Israël Ménahem (règne de 752 à 742 av. J.-C.). Cette stèle se réfère à « Ménahem de Samarie » (Samarie était alors la capitale du royaume israélite) et relate le tribut versé vers 743 par Ménahem à son suzerain, le roi d’Assyrie Teglath-Phalasar III (règne de 745 à 727) :

Menahem [Bible Beliver’s Archeology]

Le sceau d’Osée prouve l’existence du dernier roi d’Israël, Osée (règne de 732-724 av. J.-C.) :

→ Une signature royale [Interbible]

Les annales de Sargon II ainsi que le prisme de Nimrud corroborent le compte rendu biblique décrivant la roi déportation d’une part importante de la population du royaume d’Israël par le roi d’Assyrie Sargon II en 722 av. J.-C. :

→ The Annals of Sargon II • circa 722 BCE [Center for Online Judaic Studies]
The Nimrud Prism • 720 BCE [Center for Online Judaic Studies]

Des documents administratifs excavés dans l’antique cité assyrienne de Kalhu nous informent aussi que le corps de cochers (des experts des chariots de guerre) israélites fut cantonné dans cette vile. Il est intéressant de noter que les Samaritains, le peuple issu de la fusion des Israélites non déportés et des colons Phéniciens et Mésopotamiens, existe toujours, et que les descendants des éléments des « Dix Tribus perdues » israélites déportées vers l’Orient existent encore.

Le sceau d’Ézéchias au motif de scarabée prouve l’existence du souverain judéen Ézéchias (règne de 716 à 687 av. J.-C.). Le tunnel creusé par Ézéchias pour approvisionner Jérusalem en eau potable comprenant l’inscription de Siloé sont d’autres éléments de confirmation de l’historicité biblique :

Ézéchias, fils d’Achaz, roi de Juda [Interbible]
Tunnel d’Ezéchias [Bible et Lieux]

Le prisme dit de Taylor en argile confirme l’historicité de l’expédition militaire du roi d’Assyrie, Sennachérib (règne de 704 à 681 av. J.-C.), contre Israël en 701 av. J.-C., ainsi que l’historicité du souverain judéen Ézéchias (règne de 716 à 687 av. J.-C.) :

The Taylor Prism [British Museum]
King Hezekiah [Bible Beliver’s Archeology]

Un relief mural sculpté du palais de Sennachérib à Ninive (en Haute-Mésopotamie) confirme le récit biblique selon lequel la ville judéenne de Lachis (ou Lakish) capitula face à l’armée assyrienne et fut contrainte de verser un tribut à Sennachérib en 701 av. J.-C. :

Erreur : “Pas de corégence entre Sargon II et Sennachérib” [Approche scientifique d’une chronologie absolue]

Le cylindre d’Esar-Haddon confirme que le roi éponyme succéda à son père Sennachérib en tant que souverain d’Assyrie après avoir lutté contre ses frères qui avaient assassinés leur père (2 Rois 19:36-37) en 681 ou 680 av. J.-C. ; Esar-Haddon régna jusqu’en 669 :

Cuneiform cylinder : Inscription of Esarhaddon [Metropolitan Museum of Art]

Les amulettes de Ketef-Hinnom, qui sont des micro-parchemins en feuilles d’argent, attestent de l’existence du monothéisme allianciel et de plusieurs livres de l’Ancien Testament pendant la seconde moitié du VIIe siècle avant notre ère (vers 625 av. J.-C., c’est-à-dire avant l’Exil à Babylone, ce qui en font les deuxièmes plus anciens fragments bibliques retrouvés) :

Une amulette étonnante [Interbible]
The Blessing of the Silver Scrools [Associates for Biblical Research]

Le micro-parchemin n° 1 contient la bénédiction sacerdotale de Nombres 6:24-26, l’exposition de l’Alliance de Dieu avec la collectivité d’Israël qui correspond au texte de Deutéronome 7:9, ainsi que la titulature de Dieu le « Restaurateur » ou « Rétablisseur » comme dans Ésaïe 1:26.  Le micro-parchemin n° 2 contient la phrase « Réprimandeur/Menaçeur du mal » qualificatif qui se rapproche de celui de Dieu en Psaume 106:9.

Le sceau de Yismaël atteste l’existence historique de Yismaël, qui remplissait probablement la fonction de chef de la police judéenne au temps du prophète Jérémie, et qui fit assassiner le gouverneur de la province babylonienne de Judée vers 587 av. J.-C. :

Retour d’un assassin [Interbible]

Le sceau de Seraya & Néria confirme l’historicité de Seraya fils de Néria, le chambellan du roi de Judée Sédécias (règne de 597 à 586 av. J.-C.) que Jérémie mandata comme émissaire prophétique à Babylone vers 593 :

Le facteur de Jérémie [Interbible]

Le sceau de Baruk atteste l’historicité du secrétaire d’État judéen et ami de Jérémie, Baruk :

Le scribe Baruk, fils de Neriah [Interbible]

Plusieurs sceaux imprimés sur des tessons de poterie confirment l’historicité de Juchal et Gédélias, deux ministres du roi Sédécias qui firent jeter Jérémie dans une citerne, de Guemaria, un des scribes du roi de Judée Jojakim, et d’Azaria, un lévite ayant vécu à cette époque :

L’archéologie valide le récit de Jérémie [Théonoptie]
→ Excavations in the City of David [Institute of Archeology | Hebrew University of Jerusalem]

Une tablette en écriture cunéiforme, datée de 595 av. J.-C., confirme l’existence du haut-fonctionnaire babylonien Samgar-Nebu, dont la Bible relate la participation au siège de Jérusalem en 587 (Jérémie 39:3).

La Chronique babylonienne des années 605-595 confirme la première prise de Jérusalem par l’empereur babylonien Nabuchodonosor en 597 av. J.-C., la capture du roi judéen (en l’occurrence Jéchonias) et l’installation d’un roitelet fantoche (en l’occurrence Sédécias) sur le trône. De plus, quatre tablettes cunéiformes du palais de Nabuchodonosor mentionnent « Jéchonias roi de Judée » et sa famille comme bénéficiaires de rations alimentaires. Ceux-ci faisaient partie de la « seconde déportation » de l’élite judéenne en Babylonie (la première déportation avait eu lieu en 605).

L’Ancien Testament nous informe (Jérémie 34:7) que dans sa campagne contre Jérusalem en 589-588, à un moment donné, Nabuchodonosor s’était emparé de toutes les villes de Judée à l’exception d’Azéqa et de Lachis. Or l’ostracon n° 4, découvert à Lachis, nous informe qu’à un moment donné, le poste avancé de Maresha (qui dépendait de Lachis) ne captait plus les signaux d’Azéqa et envoya une missive à Lachis, ce qui confirme que les dernières forteresses à tomber furent effectivement Azéqa et Lachis.

Deux autres personnages de cette période identifiés par la Bible dont l’existence est confirmée par les archives cunéiformes babyloniennes sont les généraux babyloniens Nériglissar et Nebuzaradan qui délivrèrent Jérémie. Nériglissar était le gendre de Nabuchodonosor et un futur empereur babylonien. Nebuzaradan brûla Jérusalem, détruisit le temple de Salomon et déporta 832 nobles judéens à Babylone (puis 745 autres en 582).

Source des quatre paragraphes précédents :
Nebo-Sarsekim Found in Babylonian Tablet [Associates for Biblical Research]

Irving Finkel, un expert du British Museum, a remarqué que « si Samgar-Nebu a existé, combien d’autres figures mineures de l’Ancien Testament existèrent ? Un détail mondain de l’Ancien Testament s’avère être exact et véridique. Je pense que cela signifie que l’ensemble de la narration [biblique] prend une nouvelle force. »

Le cylindre de Cyrus, qui raconte les exploits du fondateur de l’Empire perse, Cyrus le Grand (règne de 559 à 530 av. J.-C.), corrobore le récit biblique du retour de l’Exil. Selon la Bible, après avoir conquis la Judée (en 539), Cyrus permit aux Juifs captifs en Babylonie depuis un demi-siècle de retourner en Judée et en Galilée puis d’y reconstruire le temple de Jérusalem (ce qui fut fait entre 536 et 515). Le cylindre de Cyrus ne mentionne pas spécifiquement les Juifs, mais fait état de la politique de ce souverain de rétablir les différentes populations déplacées dans leur pays d’origine :

Cyrus Cylinder [Bible and Archeology]

La trouvaille d’un petit bijoux corrobore la description biblique des ornements des grands sacrificateurs de l’Ancienne Alliance :

Une clochette en or de l’époque du second temple retrouvée à Jérusalem [Ambassade d’Israël en France]

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L’authenticité du récit des Patriarches

1. Concordance des tarifs et des lois

Si l’on compare, pour diverses époques, les prix des esclaves mentionnés dans la Bible avec celui d’autres documents de la région, on s’aperçoit qu’il y a concordance entre les deux au fur et à mesure que progresse le récit biblique, démontrant l’authenticité des migrations de patriarches. Ainsi, Joseph fut vendu aux Ismaélites pour 20 sicles d’argent (Genèse 37:28). Des documents historiques des XIXe et XVIIIe siècles av. J.-C., tels le code d’Hammourabi et les archives royales de Mari (une cité-État de Mésopotamie), mentionnent justement que le prix d’un esclave était de 20 sicles.

Plus tard, lorsque Moïse donna aux Israélites les lois auxquelles ils devront se conformer, l’une de ces lois prescrit que si un bœuf encorne un esclave, le propriétaire du bœuf devra verser le prix de 30 sicles au maître de l’esclave. Des documents de Nouzi (en Mésopotamie) et d’Ougarit (sur la côte syrienne actuelle) montrent eux aussi que le prix des esclaves avait augmenté et qu’il était passé à 30 sicles.

L’inflation se poursuit : au Ve siècle av. J.-C., dans l’Empire perse (auquel Israël était intégré), un esclave valait entre 90 à 120 sicles.

On peut aussi comparer les lois de la région avec ceux de la Bible, et constater que leur forme et leur structure évoluent dans le temps de la même façon. On trouve une concordance intéressante dans la législation de l’héritage : pour l’époque des patriarches, il n’est prescrit ni dans la l’Ancien Testament, ni dans le code d’Hammorabi, ni dans le code du roi sumérien Lipit-Ishtar, que l’aîné doit recevoir une part d’héritage plus importante que les autres. À l’époque de l’Exode, la loi judaïque attribue à l’ainé une « double part » (Deutéronome 21:17) et les lois de Mari et de Nouzi attribuent également une double part à l’aîné.

Si, comme le pensent les ultra-sceptiques, la rédaction du récit des patriarches de l’Ancien Testament se fit dans la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère, et qu’elle est une pure invention de religieux imaginatifs, pourquoi les scribes n’auraient-ils pas indiqué les prix et les lois en vigueur à leur époque ? Des scribes isolés et sans moyens projetant leurs phantasmes sur des époques antérieures — tels que nous les présentent le schéma réductionniste — n’avaient aucune manière de savoir avec précision les prix et les pratiques légales de l’époque des patriarches dont ils ignoraient supposément tout. La concordance des tarifs et des lois cités dans la Bible avec ceux du monde contemporain prouvent la véracité de l’histoire des patriarches et des débuts de la nation israélite.

Référence : Alexandre DOROZYNSKI, « Enquête : Faut-il croire ce que dit la Bible ? », Science & Vie, Numéro 952, janvier 1997, pages 68-74.

2. L’authentification de quatre rois de la Genèse

Le récit de la vie d’Abraham met en scène un conflit armé qui se déroula entre des cités voisines de la mer Morte et plusieurs rois mésopotamiens. Ces villes de la mer Morte qui étaient soumises se révoltèrent et une guerre éclata quand les Sumériens entreprirent de rétablir leur autorité sur les cités vassales (Genèse 14).

Des archéologues et des épigraphistes ont identifiés les quatre rois bibliques venus soumettre leurs vassaux. Amraphel, roi de Sennaar, ne serait autre qu’Hammourabi, le roi de Sumer. Ce puissant monarque originaire de Babylone se tailla un empire englobant le pays de Sumer. Arioch, roi d’Ellasar, serait Eri-Aku, le roi d’Ur et de Larsa ; il était le fils d’un prince élamite, Koudour-Mabug, qui avait pris la cité de Larsa. Chodorlahomor serait une transcription de Koudour-Lagamar, titre religieux pouvant avoir été porté par un roi d’Elam comme Koudour-Mabug. Thadal, roi de Goïm, serait Tudghula, un roi des hordes nomades voisines de l’Elam.

Cette thèse est confortée par un ensemble de tablettes d’écritures cunéiformes, comprenant les tablettes d’Al-Amarna, les inscriptions d’Assourbanipal ainsi que des tablettes babyloniennes. Ces documents comportent explicitement les noms de trois de ces rois : Eri-Aku (roi d’Ur), Koudour-Lagamar (roi d’Élam) et Tudghula (roi nomade). Les dates du règne de Hammourabi sont fixées par une majorité d’historiens autour de 1792-1750 av. J.-C., soit l’époque à laquelle vécu Abraham. Les patriarches mentionnés dans la Bible ont donc un équivalent historique connu.

Deux autres  arguments souvent employés en défaveur de l’authenticité du récit des patriarches bibliques est qu’il contiendrait des anachronismes : l’utilisation des chameaux (ou dromadaires), qui n’auraient pas encore été domestiqués, et l’alliance entre Abraham et le roi des Philistins, Abimélec. Cette allusion aux Philistins n’aurait pas sa place en des temps aussi anciens, puisque ce peuple ne serait pas arrivé par la mer avant 1200 av. J.-C.

3. La domestication des chameaux

L’argument des chameaux est contredit par des indices de la domestication du chameau, qui ont été trouvés dans des sites très anciens. En 1944, l’archéologue Joseph Free publia un article dans lequel il relevait des indices d’utilisation de chameaux dans des sites égyptiens des toutes premières dynasties : statuettes de chameaux en céramique (env. 3000 av. J.-C.), cordes en poil de chameau (env. 2500 av. J.C.), pétroglyphes montrant des hommes montés sur des chameaux (env. 2300 av. J.-C.).

De plus, l’archéologue Kenneth Kitchen (professeur émérite à l’Université de Liverpool) nous rappela en 1966 que des éléments similaires avaient été trouvés au Proche-Orient : ossements de cet animal trouvés à Mari en Mésopotamie (au moins 1800 ans av. J.-C.), textes sumériens de Nippur parlant de lait de chameau. Ces éléments attestent que l’usage domestique de cet animal avait déjà commencé à l’époque d’Abraham.

4. Les Philistins contemporains d’Abraham

L’argument des Philistins est lui aussi facilement résolu : le mot « philistin » signifiait à l’origine « étranger » ou « envahisseur », donc peu importe l’origine de ces philistins, le fait reste qu’ils n’étaient pas Hébreux, donc étrangers et hostiles à ces derniers. Cependant, l’archéologie rend possible l’identification des Philistins contemporains d’Abraham avec les Philistins supposément plus tardifs d’origine crétoise et/ou égéenne.

Le récit biblique contient d’autres indications. Il cite la ville de Gerare comme appartenant alors au royaume philistin. Abraham s’allie avec « Abimélec, roi de Gerare » (Genèse 20:2). Plus tard, son fils Isaac se rendra à « Gerare chez Abimélec, roi des Philistins » (Genèse 26:2).

Aujourd’hui, Gerare est identifiée avec Tel Haror, situé au sud-est de la localité de Gaza. Il est clair d’après les fouilles que Tel Haror fut une cité philistine au XIIe siècle av. J.-C. Mais les fouilles de Tel Haror montrent aussi que ce lieu fut déjà occupé dès le XVIIe siècle avant notre ère, ce qui le rapproche énormément de l’époque des patriarches.

En 1996, on découvrit à Tel Haror un tesson de céramique portant des signes caractéristiques d’une écriture anciennement utilisée en Crête : l’écriture linéaire. Trouvé dans les ruines remontant à la première période d’occupation, il est daté de 1600 environ avant notre ère. Par ailleurs, des inscriptions en linéaire ont été exhumées dans d’autres sites méditerranéens, tels qu’à Lachis en Canaan et à Samothrace en mer Egée.

Écriture linéaire égéenne/crétoise :

À Tel Haror a également été découvert un vase typique de la civilisation crétoise minoenne (2700 à 1200 av. J.-C.). Tous ces éléments indiquent que le site de Gerare (Tel Haror) était occupé au temps d’Abraham par des migrants crétois et/ou égéens. Conséquemment, les interactions des patriarches bibliques avec les Philistins n’est pas un anachronisme.

Référence : Abraham et l’établissement en Canaan [La Bible et l’archéologie]

Je vous encourage à consulter aussi ces articles très érudits qui présentent d’autres éléments de conformation sur le site Approche scientifique d’une chronologie absolue :

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Des livres sur le pseudo-Évangile de Judas

Daniel HAMICHE, L’imposture de l’Évangile de Judas — Contre enquête, Paris, Éditions de l’Homme nouveau, 2007, 37 pages.

Présentation de l’éditeur :

Grossie par un énorme tintamarre médiatique né aux États-Unis et maintenant relayé en France, une nouvelle déferlante anti-catholique [anti-chrétienne] succède à celle du Da Vinci Code. La découverte dans le désert égyptien, dans les années 70, d’un écrit gnostique que l’on croyait à tout jamais perdu, le pseudo « évangile » d’un pseudo « Judas », est instrumentalisée pour tenter de nier les vérités historiques et théologiques les mieux établies du christianisme. Cette imposture qui ose se présenter comme une nouveauté radicale, alors qu’elle n’est qu’un vieux mensonge déjà démonté par Irénée au IIe siècle [et aussi par Tertullien, un autre Père de l’Église], risque, dans un contexte où l’inculture générale le dispute à l’ignorance religieuse, d’empoisonner bien des âmes. Il fallait donc un contre-poison. La contre-enquête que nous proposons révèle les intentions cachées des promoteurs de l’imposture, l’avidité de la mafia des trafiquants d’antiquités et les forgeries d’une pensée gnostique délirante.

Alban MASSIE, L’Évangile de Judas décrypté, Namur, Éditions Fidélité, 2007, 88 pages.

Présentation de l’éditeur :

La « découverte » de l’Évangile de Judas a été un événement médiatique. Mais que contient ce codex ? Quels sont les enjeux historiques et théo­logiques ? Qu’est-ce que la Gnose, courant auquel appartient cet évangile ? Comment ce texte a-t-il été présenté dans les médias et accueilli par le public ? Comment se situe-t-il dans l’ensemble des évangiles apocryphes ? Et, enfin, qui est Judas selon la pensée chrétienne ? C’est à ces questions, et à bien d’autres, qu’Alban Massie, jésuite et théologien, ancien journaliste, s’emploie à répondre.

Extrait du livre :

Une histoire mouvementée

Que penser de l’Évangile de Judas ? Il convient de faire mémoire des jours de Pâques 2006. Dans la foulée du Da Vinci Code, le monde éditorial connut en effet quelques semaines de tourbillon lors de la fête de Pâques, quand fut annoncée, dans les médias généralistes, la découverte, la publication et la traduction d’un évangile gnostique de Judas : l’Évangile de Judas. Traduction intégrale et commentaires des professeurs Rodolphe Kasser, Marvin Meyer, Gregor Wurst (Flammarion, 2006). Nous employons déjà le terme « gnostique » pour qualifier l’ouvrage, mais il ne se trouve pas dans les titres des éditions présentées au grand public : « évangile gnostique de Judas » est une formule sans doute moins commercialement rentable que celle qui fut choisie.

L’ampleur de cet événement, somme toute ar­chéologique et concernant d’abord les historiens des religions, peut être mesurée par les réactions rapides de l’Église : il y eut une réflexion — assez inhabituelle parce qu’assez longue — du pape Benoît XVI sur le péché de Judas lors de l’homélie de la Messe du Jeudi saint, commémoration de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, puis une longue évocation de l’affaire par l’Archevêque anglican de Canterbury lors de son sermon de Pâques. Des théologiens orientaux considérèrent encore que ce remue-ménage livresque était une tentative diabolique en vue de déstabiliser l’Église.

De telles déclarations, nécessaires du point de vue du Magistère chrétien, ont contribué à gonfler l’événement éditorial. En réalité, il s’agissait d’une vigoureuse campagne de marketing destinée à faire connaître l’ouvrage… et à « booster » ses ventes.

En anglais :

« Qui est celui qui obscurcit mes desseins par des discours sans intelligence ? Où étais-tu quand je fondais la terre ? Dis-le, si tu as de l’intelligence. » — Job 38:2 et 4

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Réfutation du film Zeitgeist

Le contre-documentaire suivant réfute point par point les allégations du film à sensation Zeitgeist (2007) qui soutient la thèse selon laquelle le christianisme serait essentiellement un plagiat de mythologie païenne antérieure à Jésus-Christ.

La suite du documentaire se trouve ici. Si il n’est plus en ligne, essayez ici. Pour des ressources écrites, consultez :

Un documentaire semblable à Zeitgeist est sorti en 2005, c’est The God who Wasn’t There. Ces deux productions cinématographiques sont extrêmement similaires : mêmes arguments bidons redondants, mêmes extraits de vieux films sur la vie de Jésus datant des années 1920 ou 1930 utilisés pour donner au christianisme des connotations de croyance archaïque, même voie sur-convaincante qui tente d’hypnotiser l’auditoire… une différence : la musique est plus excitante dans The God who Wasn’t There. Quoi qu’il en soit, ce second film a également été réfuté par un contre-documentaire, Jesus Christ : Fact ou Fiction (cliquez ici si le lien précédent est mort).

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À la recherche des « Dix tribus perdues »

Une trentaine de millions de descendants des anciens Israélites — déportés par l’Empire assyrien vers 720 av. J.-C. — existent toujours dans les confins de l’Orient. Bien qu’ils aient migrés toujours plus loin et qu’ils se soient intermariés avec d’autres peuplades, nous pouvons les identifier et les localiser car ils ont gardés plusieurs caractéristiques distinctives de la culture juive. Certains d’entre eux se retrouvent en Asie centrale (Afghanistan).

Des descendants de la tribu de Manassé sont notamment dans les États de Manipur et de Mizoram au nord-est de l’Inde :

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La montée du christianisme à Rome

L’historien spécialiste de la culture gréco-latine Paul Veyne donne son explication sur les raisons du succès du christianisme dans l’Empire romain et l’Europe du Haut Moyen Âge :

Si le lecteur vidéo ne fonctionne pas, essayez sur Ina.fr.

Quand notre monde est devenu chrétien est le livre de bonne foi d’un incroyant qui cherche à comprendre comment le christianisme a pu, entre 300 et 400, s’imposer à tout l’Occident. À sa manière inimitable, érudite […], Paul Veyne retient trois raisons. Un empereur romain, Constantin, maître de cet Occident, converti sincèrement au christianisme, veut christianiser le monde pour le sauver. Il s’est converti parce qu’à ce grand empereur il fallait une grande religion. Or, face aux dieux païens, le christianisme, bien que secte très minoritaire, était la religion d’avant-garde qui ne ressemblait à rien de connu. Constantin n’a pas imposé le christianisme par la force, mais s’est borné à aider les chrétiens à mettre en place leur Église, ce réseau d’évêchés tissé sur l’immense Empire romain.

363 et 394, les années fatidiques

Paganisme et christianisme coexistent donc en 313. Mais l’Église veut vite le pouvoir. Le paganisme se limitait à des gestes rituels. Le christianisme s’approprie les consciences. À deux reprises, tout manquera néanmoins de basculer. Veyne donne deux dates clés : 363 et 394. Que se passe-t-il ? En 363, Julien l’Apostat meurt prématurément. Helléniste de pointe, cet Empereur païen a essayé d’enrayer la progression du nouveau culte. Tout se jouera dans le choix de son successeur. Le païen Sallustius décline. Ce sera le chrétien Jovien, choisi par défaut.  En 394, à l’issue d’une guerre civile entre chrétiens et païens, Théodose fait du christianisme la religion unique et officielle de l’Empire. Le paganisme devient sursitaire. L’école païenne d’Athènes pourra tenir jusqu’en 529, le temple d’Isis à Philae jusque vers 550.

Source : Tribune de Genève via Libéraux.org.

Voir aussi cet article : Paul Veyne et le Dieu unique [Le Point]

Dans Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne montrait en quoi le basculement de l’Empire romain vers le christianisme en 312 aurait été le fait du prince, Constantin. Une thèse à laquelle répond Marie-Françoise Baslez, spécialiste des premiers âges du christianisme et de Saint Paul. Pour cette historienne, le basculement fut préparé par le bas : des conversions individuelles existaient, des maillages plus ou moins distendus s’étaient formés. Les persécutions violentes des années 250 ont, d’une certaine façon, popularisé la nouvelle religion. Des notables, des intellectuels, l’ont adoptée — bien avant le ralliement de Constantin.

Source : Le Figaro.

En trois siècles, le christianisme est passé de la situation de religion minoritaire, illégale et parfois persécutée, éclatée en communautés dispersées et très hétérogènes, au statut de religion d’Empire, dans le cadre unifié de l’Église. Comment un tel événement a-t-il pu se produire ? Le débat porte aujourd’hui sur le rythme et les acteurs de cette évolution remarquable.

Fut-elle réellement brutale et inattendue jusqu’au choix personnel de Constantin qui transforma en religion d’Empire une secte que rien ne prédisposait à un tel destin ? Ou, cette évolution, s’inscrit-elle dans la longue durée, par la volonté même des chrétiens d’être dans le monde, d’utiliser au mieux réseaux et moyens de communication pour diffuser le message évangélique, et ce, à l’instar de saint Paul.

Les enjeux de ce débat sont à l’évidence cruciaux et profondément ancrés dans l’actualité (racines chrétiennes de l’Europe, multiculturalisme et communautarisme, etc.). Se basant sur une approche sociologique permettant de renouveler questions et réponses, fruit de plus de vingt ans de recherches et de publications, Comment notre monde est devenu chrétien offre au grand public la synthèse qui manquait.

Source : Quatrième de couverture sur Librairie La Procure.

Nous pouvons écouter le débat d’une heure sur la conversion de l’Empire romain entre Paul Veyne et Marie-Françoise Baslez sur Public Sénat.

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La transmission du Nouveau Testament depuis l’original

La transmission du texte du Nouveau Testament au fil des siècles l’a-t-il  irrémédiablement criblé d’erreurs ? Au contraire, la fiabilité des copies manuscrites du Nouveau Testament à notre disposition est excellente et sans équivalent parmi tous les textes de l’Antiquité classique.

Comme l’explique le docteur Paul L. Maier (professeur d’histoire antique à la Western Michigan University), malgré que nous nous éloignons toujours plus de la date de la rédaction des textes originaux du Nouveau Testament, nos versions modernes s’améliorent d’année en année. Pourquoi ? Le recensement des archives manuscrites et la fin des guerres entre nations européennes ont donné accès aux érudits à beaucoup plus d’anciens manuscrits qu’avant. La King James Version de 1611 fut basée sur six textes bibliques. La English Revised Version de 1881 fut basée sur 2000 textes grecs. Et maintenant, nous avons plus de 5500 textes grecs.

Quatre points à retenir :

  1. Le christianisme est de loin la religion de l’Antiquité dont l’espace séparant la vie de son fondateur et la rédaction de son texte sacré est le plus court. Jésus-Christ étant mort vers l’an 33, la rédaction du Nouveau Testament commença vers 48 en se basant sur le compte-rendu de plusieurs témoins oculaires ayant assisté aux événements relatés et se corroborant entre eux, une tradition orale bien ancrée et standardisée sous forme de crédos rythmés (faciles à mémoriser), et même des textes remontant jusqu’à l’aube de l’Église, vers 34-35.
  2. Le Nouveau Testament est de loin le texte de l’Antiquité dont l’intervalle de temps entre la rédaction de l’original et la date des manuscrits qui nous sont parvenus est le plus court. La rédaction du Nouveau Testament s’est échelonnée entre 48 et 94, à l’intérieur de la durée de vie des nombreux témoins de la vie de Jésus de Nazareth, y compris celle des témoins hostiles qui auraient servi de contrepoids si de fausses informations avaient circulé à son sujet. Il existe encore un papyrus de l’Évangile de Jean daté autour de l’an 115 grâce à la paléographie (étude de la forme des lettres). Il y a également de nombreux papyrus et parchemins datant des IIe, IIIe et IVe siècles qui ont survécu à l’épreuve du temps. Nous avons ainsi des copies jusqu’à la troisième génération après la rédaction des originaux.
  3. Le Nouveau Testament est de loin le document de l’Antiquité dont nous disposons du plus grand nombre de manuscrits anciens. Nous avons à nôtre disposition 5686 manuscrits  en grec, plus de 10 000 manuscrits en latin, et 19 284 manuscrits en éthiopien, en slave, en arménien, en syriaque (araméen), en copte (égyptien), en géorgien et en d’autres langues. Cela fait au total plus de 24 270 manuscrits. Par comparaison, il ne nous reste seulement dix copies manuscrites de la Guerre des Gaules de Jules César !
  4. Le Nouveau Testament est le document classique de l’Antiquité qui a été transmis avec le plus grand degré de pureté et d’exactitude. La concordance des milliers de manuscrits grecs à notre disposition est exceptionnelle et inégalée : elles sont identiques entre elles à 98.5 %. Les variations mineures s’expliquent principalement par l’emploi de synonymes et par des différences d’orthographe et de syntaxe. Les divergences les plus sérieuses n’affectent aucune des doctrines du christianisme. Pourtant, ces nombreuses copies proviennent de milieux géographiques très différents et éloignés, et leur rédaction s’étale sur plusieurs siècles. De surcroît, sans même avoir accès à ces milliers de copies de la Bible, nous pourrions reconstituer le Nouveau Testament en quasi-totalité (à l’exception de onze versets) seulement avec la multiplicité des citations (36 289 au total) contenues dans les divers écrits des Pères de l’Église ayant vécus aux IIe et IIIe siècles.

Références bibliographiques :

Josh MCDOWELL, Le verdict – Complément d’enquête, Nîmes, Éditions Vida, 2007, 815 pages.

Lee STROBEL, Jésus : La parole est à la Défense ! (comme dans un tribunal), Nîmes, Éditions Vida, 2001, 312 pages.

On trouvera un tableau de comparaison ici :

Erreurs de la Bible : Peut-on croire ce que dit le Nouveau Testament à propos de Jésus ? [À toi de voir]

Et un tableau de comparaison en anglais plus complet ici :

Manuscript Evidence for Superior New Testament Reliability [Christian Apologetics & Research Ministry]

Puis la liste de la trentaine de papyrus bibliques grecs antérieurs au IVe siècle :

Numéro de classification Contenu du manuscrit Localisation actuelle Précision datation
p1 Évangiles Philadelphie, É.-U. IIIe siècle
p5 Évangiles Londres, Angleterre IIIe siècle
p13 Épîtres de Paul Florence, Italie Vers 300
p15 Épîtres de Paul Le Caire, Égypte IIIe siècle
p16 Épîtres de Paul Le Caire, Égypte Vers 300
p18 Apocalypse Londres, Angleterre Vers 300
p22 Évangiles Glasgow, Écosse IIIe siècle
p23 Épîtres générales U Illinois, Urbana, É.-U. Début IIIe
p27 Épîtres de Paul Cambridge, Angleterre IIIe siècle
p30 Épîtres de Paul Gand, Flandre IIIe siècle
p37 Évangiles U Michigan, Ann Arbor, É.-U. Vers 300
p38 Actes des Apôtres Chester, Pennsylvanie, É.-U. Vers 300
p39 Évangiles Chester, Pennsylvanie, É.-U. IIIe siècle
p40 Épîtres de Paul Heidelberg, Allemagne IIIe siècle
p45 (séparé en deux) 4 Évangiles, Actes des Apôtres Beatty # 1 : Dublin, Irlande & Vienne, Autriche IIIe siècle
p46 (séparé en deux) Majorité de 8 Épîtres de Paul et de l’Épître aux Hébreux Beatty # 2 : Dublin, Irlande & U Michigan, Ann Arbor, É.-U. Vers 150-200
p47 Majorité de l’Apocalypse Beatty # 3 : Dublin, Irlande Fin IIIe
p48 Actes des Apôtres Florence, Italie Fin IIIe
p49 Épîtres de Paul New Haven, Connecticut, É.-U. Fin IIIe
p52 Jean 18:31-33/37-38
« Je suis le Roi »
Bibliothèque John Rylands, Manchester, Angleterre Vers 115
p64 Évangiles Oxford, Angleterre Vers 200
p65 Épîtres de Paul Florence, Italie IIIe siècle
p66 2/3 de l’Évangile selon Jean Bodmer # 2 : Genève, Suisse Vers 125-175
p67 1/3 de l’Évangile selon Matthieu Fondation St-Luc l’Évangéliste, Barcelone, Espagne Vers 200
p70 Évangiles Occidental College, Los Angeles, É.-U. IIIe siècle
p72 Épître de Jude et les deux Épîtres de Pierre complètes Bodmer # 12 : Genève, Suisse Vers 300
p75 (séparé en deux) Évangiles selon Luc et Jean Bodmer # 14-15 : Genève, Suisse Vers 175-225

Référence : le site web du CARM mentionné précédemment.

« Faire preuve de scepticisme quant au texte final du Nouveau Testament, c’est permettre à toute l’Antiquité classique de sombrer dans l’obscurité, car il n’existe aucun document de cette période ancienne qui bénéficie d’un témoignage bibliographique aussi attesté que le Nouveau Testament. »

John Warwick Montgomery

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