L’authenticité du récit des Patriarches

1. Concordance des tarifs et des lois

Si l’on compare, pour diverses époques, les prix des esclaves mentionnés dans la Bible avec celui d’autres documents de la région, on s’aperçoit qu’il y a concordance entre les deux au fur et à mesure que progresse le récit biblique, démontrant l’authenticité des migrations de patriarches. Ainsi, Joseph fut vendu aux Ismaélites pour 20 sicles d’argent (Genèse 37:28). Des documents historiques des XIXe et XVIIIe siècles av. J.-C., tels le code d’Hammourabi et les archives royales de Mari (une cité-État de Mésopotamie), mentionnent justement que le prix d’un esclave était de 20 sicles.

Plus tard, lorsque Moïse donna aux Israélites les lois auxquelles ils devront se conformer, l’une de ces lois prescrit que si un bœuf encorne un esclave, le propriétaire du bœuf devra verser le prix de 30 sicles au maître de l’esclave. Des documents de Nouzi (en Mésopotamie) et d’Ougarit (sur la côte syrienne actuelle) montrent eux aussi que le prix des esclaves avait augmenté et qu’il était passé à 30 sicles.

L’inflation se poursuit : au Ve siècle av. J.-C., dans l’Empire perse (auquel Israël était intégré), un esclave valait entre 90 à 120 sicles.

On peut aussi comparer les lois de la région avec ceux de la Bible, et constater que leur forme et leur structure évoluent dans le temps de la même façon. On trouve une concordance intéressante dans la législation de l’héritage : pour l’époque des patriarches, il n’est prescrit ni dans la l’Ancien Testament, ni dans le code d’Hammorabi, ni dans le code du roi sumérien Lipit-Ishtar, que l’aîné doit recevoir une part d’héritage plus importante que les autres. À l’époque de l’Exode, la loi judaïque attribue à l’ainé une « double part » (Deutéronome 21:17) et les lois de Mari et de Nouzi attribuent également une double part à l’aîné.

Si, comme le pensent les ultra-sceptiques, la rédaction du récit des patriarches de l’Ancien Testament se fit dans la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère, et qu’elle est une pure invention de religieux imaginatifs, pourquoi les scribes n’auraient-ils pas indiqué les prix et les lois en vigueur à leur époque ? Des scribes isolés et sans moyens projetant leurs phantasmes sur des époques antérieures — tels que nous les présentent le schéma réductionniste — n’avaient aucune manière de savoir avec précision les prix et les pratiques légales de l’époque des patriarches dont ils ignoraient supposément tout. La concordance des tarifs et des lois cités dans la Bible avec ceux du monde contemporain prouvent la véracité de l’histoire des patriarches et des débuts de la nation israélite.

Référence : Alexandre DOROZYNSKI, « Enquête : Faut-il croire ce que dit la Bible ? », Science & Vie, Numéro 952, janvier 1997, pages 68-74.

2. L’authentification de quatre rois de la Genèse

Le récit de la vie d’Abraham met en scène un conflit armé qui se déroula entre des cités voisines de la mer Morte et plusieurs rois mésopotamiens. Ces villes de la mer Morte qui étaient soumises se révoltèrent et une guerre éclata quand les Sumériens entreprirent de rétablir leur autorité sur les cités vassales (Genèse 14).

Des archéologues et des épigraphistes ont identifiés les quatre rois bibliques venus soumettre leurs vassaux. Amraphel, roi de Sennaar, ne serait autre qu’Hammourabi, le roi de Sumer. Ce puissant monarque originaire de Babylone se tailla un empire englobant le pays de Sumer. Arioch, roi d’Ellasar, serait Eri-Aku, le roi d’Ur et de Larsa ; il était le fils d’un prince élamite, Koudour-Mabug, qui avait pris la cité de Larsa. Chodorlahomor serait une transcription de Koudour-Lagamar, titre religieux pouvant avoir été porté par un roi d’Elam comme Koudour-Mabug. Thadal, roi de Goïm, serait Tudghula, un roi des hordes nomades voisines de l’Elam.

Cette thèse est confortée par un ensemble de tablettes d’écritures cunéiformes, comprenant les tablettes d’Al-Amarna, les inscriptions d’Assourbanipal ainsi que des tablettes babyloniennes. Ces documents comportent explicitement les noms de trois de ces rois : Eri-Aku (roi d’Ur), Koudour-Lagamar (roi d’Élam) et Tudghula (roi nomade). Les dates du règne de Hammourabi sont fixées par une majorité d’historiens autour de 1792-1750 av. J.-C., soit l’époque à laquelle vécu Abraham. Les patriarches mentionnés dans la Bible ont donc un équivalent historique connu.

Deux autres  arguments souvent employés en défaveur de l’authenticité du récit des patriarches bibliques est qu’il contiendrait des anachronismes : l’utilisation des chameaux (ou dromadaires), qui n’auraient pas encore été domestiqués, et l’alliance entre Abraham et le roi des Philistins, Abimélec. Cette allusion aux Philistins n’aurait pas sa place en des temps aussi anciens, puisque ce peuple ne serait pas arrivé par la mer avant 1200 av. J.-C.

3. La domestication des chameaux

L’argument des chameaux est contredit par des indices de la domestication du chameau, qui ont été trouvés dans des sites très anciens. En 1944, l’archéologue Joseph Free publia un article dans lequel il relevait des indices d’utilisation de chameaux dans des sites égyptiens des toutes premières dynasties : statuettes de chameaux en céramique (env. 3000 av. J.-C.), cordes en poil de chameau (env. 2500 av. J.C.), pétroglyphes montrant des hommes montés sur des chameaux (env. 2300 av. J.-C.).

De plus, l’archéologue Kenneth Kitchen (professeur émérite à l’Université de Liverpool) nous rappela en 1966 que des éléments similaires avaient été trouvés au Proche-Orient : ossements de cet animal trouvés à Mari en Mésopotamie (au moins 1800 ans av. J.-C.), textes sumériens de Nippur parlant de lait de chameau. Ces éléments attestent que l’usage domestique de cet animal avait déjà commencé à l’époque d’Abraham.

4. Les Philistins contemporains d’Abraham

L’argument des Philistins est lui aussi facilement résolu : le mot « philistin » signifiait à l’origine « étranger » ou « envahisseur », donc peu importe l’origine de ces philistins, le fait reste qu’ils n’étaient pas Hébreux, donc étrangers et hostiles à ces derniers. Cependant, l’archéologie rend possible l’identification des Philistins contemporains d’Abraham avec les Philistins supposément plus tardifs d’origine crétoise et/ou égéenne.

Le récit biblique contient d’autres indications. Il cite la ville de Gerare comme appartenant alors au royaume philistin. Abraham s’allie avec « Abimélec, roi de Gerare » (Genèse 20:2). Plus tard, son fils Isaac se rendra à « Gerare chez Abimélec, roi des Philistins » (Genèse 26:2).

Aujourd’hui, Gerare est identifiée avec Tel Haror, situé au sud-est de la localité de Gaza. Il est clair d’après les fouilles que Tel Haror fut une cité philistine au XIIe siècle av. J.-C. Mais les fouilles de Tel Haror montrent aussi que ce lieu fut déjà occupé dès le XVIIe siècle avant notre ère, ce qui le rapproche énormément de l’époque des patriarches.

En 1996, on découvrit à Tel Haror un tesson de céramique portant des signes caractéristiques d’une écriture anciennement utilisée en Crête : l’écriture linéaire. Trouvé dans les ruines remontant à la première période d’occupation, il est daté de 1600 environ avant notre ère. Par ailleurs, des inscriptions en linéaire ont été exhumées dans d’autres sites méditerranéens, tels qu’à Lachis en Canaan et à Samothrace en mer Egée.

Écriture linéaire égéenne/crétoise :

À Tel Haror a également été découvert un vase typique de la civilisation crétoise minoenne (2700 à 1200 av. J.-C.). Tous ces éléments indiquent que le site de Gerare (Tel Haror) était occupé au temps d’Abraham par des migrants crétois et/ou égéens. Conséquemment, les interactions des patriarches bibliques avec les Philistins n’est pas un anachronisme.

Référence : Abraham et l’établissement en Canaan [La Bible et l’archéologie]

Je vous encourage à consulter aussi ces articles très érudits qui présentent d’autres éléments de conformation sur le site Approche scientifique d’une chronologie absolue :

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